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Corlevour
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On ne résume guère cette pièce, qui est d'une extrême complication, digne des pastorales baroques et maniéristes. Une cour entière est réfugiée en forêt autour de son roi exilé, Frédéric.
C'est alors la peinture des intrigues amoureuses avec masques et changements de sexe, mélancoliques et passionnés, sages et bouffons, jusqu'au rétablissement final de chacun dans ses droits.
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Ma vie jusqu'à la tienne est unlivre constitué d'un seul poème, écrit par un père pour son fils mortaccidentellement au lendemain de ses vingt ans. Un unique poème donc en formed'adresse à ce fils : cri devant l'immense douleur de sa mort, de son enlèvement; étonnement face à l'invincible force de l'amour, qui fait découvrir la vie etrenaître la parole là où la mort semblait avoir dit le dernier mot.
L'auteur, jusqu'alors adepte d'unverset ample et musical, recourt cette fois à une succession de vers brefs etsecs, lapidaires, parfois même cliniques, seuls à même de dire le hurlementintérieur que provoque la mort d'un fils, seuls à même de faire entendrel'horreur, l'immense mutilation que constitue pour un parent la perte de sonenfant. Les vers disent donc d'abord la douleur du père. Mais ils évoluentensuite vers une adresse de celui-ci à son fils. Un dialogue entre euxs'engage, étrange et neuf : le père découvre que son fils, mystérieusement, luiouvre une voie, l'invite à le suivre dans son nouvel état, sa nouvelle vie,cherche à lui faire comprendre que leur amour, s'il s'est transformé,transformé par la mort, est cependant entré dans une nouvelle dimension où ilest destiné à croître toujours plus, à renaître différemment mais sans cesse. à mesure que le père accepte ainsi devoir son fils le précéder, l'enseigner et l'appeler à le suivre pour l'aimerautrement, le vers se fait plus doux, plus tendre, plus lumineux, retrouveaussi plus d'ampleur et de chair. En sorte que ce qui commence par et sousl'empire de la mort, d'une mort odieuse et inacceptable tant elle estcontre-nature, s'achève en déclaration d'amour.
« Un cri que je ne connais pas. Un cri qui ne teconnaît pas.
Un cri qui ne sortira pas, plus insoutenable pourcela.
La mort, ta mort, impensable impossible.
La sentence la peine capitale dans la lumière pure defévrier. »
Frédéric Dieu :Poète et critique littéraire pour Les Lettres françaises, Frédéric Dieua publié deux recueils de poèmes chez Ad Solem : Processions (2012) et Matièreà joie (2016) puis, aux éditions de Corlevour, Seule chair, Prixinternational de poésie francophone Yvan-Goll 2022, et Car le jour touche àson terme, Prix Ganzo révélation 2024. -
Voici un pays où les arbres pensent et respirent, cachentles promeneurs dans leurs bras pour réchauffer leur âme, un village où voterfront national est comme une colère idiote, une peur d'être dépossédé de ce quinous dépossède déjà, le territoire d'une humanité rugueuse mais attachante, làoù vivre se remplit de ciel et d'injures, et où, sur la table de verre dessaisons, les hommes et les femmes festoient avec les morts, leur solitude etleur ressemblance de plus en plus aveugle avec leurs maisons de briques et denuages. Existe-t-il, dans le Nous du poème, une place pour ces gens, ces viesbrutales et minuscules des Chemins Noirs qu'on caricature souvent ou que l'onméprise ?
Extrait :
À chaque dormance, levillage se vautre dans une crasse de lumière à se perdre. Les ombres d'iciséquestrent leurs mains de sagouin et leurs contours de brute avec desgrognements sourds dans les tiroirs des vieux établis.
Ils réécrivent, entreles plis des courbatures et des ankyloses le domptage de la haie et desfossés-mères, par le jeu d'esbroufe des sécateurs et des tronçonneuses,ferrailles accrochées en trophées sur les murs, à la place des empaillés.
Entre Dimont et Champd'Offies, les chiens de chasse, attelés par des chaines trébuchantes auxtraineaux des piquets rouillés, le museau cloîtré aux grillages soudés de lacour, aboient au rythme des horloges.
Même libres, les lascarsn'osent plus courir et tournent en rond dans des trous noirs, les yeux de leursmaîtres.
Dominique Sampiero est écrivain(poésie, roman, théâtre, littérature de jeunesse), scénariste et réalisateur decourts métrages. Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, son écriture poétique estrécompensée pour la première fois par le prix Max Pol Fouchet pour son recueilLa vie Pauvre, paru en 1992 aux éditions de La différence. Membre de l'académiedes César, il a écrit les scénarios des films Ça commence aujourd'hui et HolyLola, réalisés par Bertrand Tavernier.En 2014, il remporte le prix Ganzo de poésie remis au festival ÉtonnantsVoyageurs pour l'ensemble de son oeuvre et son livre La vie est chaude (Bruno Doucey, 2013). En 2016, lepremier tome de son oeuvre intégrale paraît aux éditions de La Rumeur Libre. En2019, il reçoit le prix CoPo pour son recueil Où vont les robes la nuit, paru aux éditions de La BoucherieLittéraire. Nedites plus jamais c'est triste,La boucherie littéraire, 2020 ; L'autremoitié de ton corps,Al Manar, 2020 ; Jesuis sur des braises en attendant ton retour, Phonofaune. Livre CD Jazz, 2021 ; Lady ciel, Laboucherie Littéraire, 2021 Il a publié chez Corlevour Retour comme neige et fleurs nonrépertoriées en2023. -
Les Fenêtres s'articule autour de 4 moments (Les fenêtres, Les mains trouées, Peaux-pages, C'est pourquoi tu m'entends). S'il devait y avoir un unique sujet du recueil, ce serait peut-être un décryptage (très personnel) du processus créatif. Quoi est un texte qui fait le lien entre symptôme et poésie, souffrance et création. Les séquences se suivent et se forment par des déplacements, transformations et associations d'idées. Ces mécanismes sont propres à la poésie, mais aussi au symptôme et au délire. J'ai trouvé cette proximité particulièrement intéressante. Le délire y est pensé comme une manière de dé-lire le réel.
Dans ce nouveau livre, il y a aussi Marguerite Duras, Francis Bacon, Bertold Brecht, Dante, Louise Bourgeois, Modigliani, Francis Picabia, Emily Dickinson, Wim Wenders, Chantal Akerman, Nanni Moretti, Céline, Éluard, René Char, Marianne Faithfull, Barbara Köhler et Alejandra Pizarnik. -
Dans un monde dominé par le sentiment de la tragédie, j'ai voulu indiquer qu'il est une force de résistance : cette capacité d'épouser la joie au coeur du coeur. Tout l'effort de notre société est de conspirer à nous faire accroire que tout est condamné, - alors que ce n'est jamais le cas. J'ai souhaité montrer des contre-exemples, de Byzance à Florence, de Ronsard à Mallarmé, sans oublier Dante et Pascal, mais aussi Nietzsche et Rimbaud, ou mes aînés et amis - Emil Cioran, Edmond Jabès, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Lucien Jerphagnon, Salah Stétié, René de Obaldia, Umberto Eco, Angelo Rinaldi et Jacqueline de Romilly. Quand tout va mal, nous reste à nous réjouir. Plus la réjouissance est difficile, plus elle est nécessaire. A chacun de nous de ne rien céder sur l'essentiel. Au long de cette Odyssée, il est question de la nécessité suprême : l'émerveillement devant le plus haut voltage de l'âme qui connaît et possède sa joie.
Stéphane Barsacq a publié notamment Johannes Brahms (Actes Sud), François d'Assise, La joie parfaite (Seuil), Simone Weil, Le ravissement de la raison (Seuil), Cioran, Éjaculations mystiques (Seuil), Rimbaud, Celui-là qui créera Dieu (Seuil) et, aux éditions de Corlevour, En présence d'Yves Bonnefoy en 2017, Mystica en 2018, Météores en 2020 et Solstices en 2022. Son roman Le piano dans l'éducation des jeunes filles (Albin Michel) a reçu le prix Roland de Jouvenel décerné par l'Académie française en 2016. -
FRANCOIS BORDES
BIANKA ROLAND
MÅRTEN WESTÖ
RUTH LASTERS
KEITH DOUGLAS
GUENNADI AÏGUI
MARTIN GLAZ SERUP
TCHAGHNAA PUREVDORJ
TODORKHOI NAYANTAI
ROBERT FROST
SIMON DEGRAVE
ARNOLDO FEUER
DIDIER GAMBERT
FREDERIC DIEU
PASCAL BOULANGER
MURIEL CAMAC
GAËL TISSOT
LINDA DE MEYRIGNAC
NICOLAS PINEAU
MARIANNE BRAUX
BENOIT SUDREAU
PHILIPPE JAFFEUX
EMMANUEL DAMON
CÉCILE BELLEYME
JEAN-PAUL BOTA
FABRICE FARRE
SOPHIE COIFFIER
JULIE NAKACHE
ALBERT FLEURY
JEAN-PATRICE COURTOIS
CLAUDINE BOHI
ANAL CHADLIA -
La tour des corbeaux suivi de Faits d'armes forme un diptyque atypique où se rencontrent la fable poétique, l'apologue sans morale, le théâtre d'idées et la satire douce-amère. Dans le premier texte, un peuple de corbeaux autrefois souverains raconte sa propre chute depuis une tour dressée vers le ciel. Résonances écologiques, allusions bibliques, éclats de mythe et humour discret composent une parabole fluide et ouverte, dans un style limpide qui évoque Borges, Kafka ou Calvino. Le second texte met en scène un professeur et son assistant dans un dialogue sur la guerre et la trahison, mais aussi la langue et la fidélité aux Lumières - tendu jusqu'à la révélation des rôles réels de chacun : le résistant n'est pas celui qu'on croit. Ce livre explore, à travers deux formes très différentes, une même interrogation sur la résistance, l'intuition morale et la responsabilité de la parole. L'écriture, précise et fluide, aux références multiples, fait du fragment, de l'ellipse et du rythme les vecteurs d'une pensée poétique exigeante. Dans sa postface, Jean Marc Sourdillon évoque de véritables Paroles de résistance, portées par une voix singulière, alliant densité symbolique et liberté formelle.
Mathieu Hilfiger, né en 1979, est écrivain, poète et éditeur (éditions Le Bateau Fantôme). Il développe une oeuvre mêlant théâtre, poésie, récits, et recherche en poésie moderne. Parmi ses dernières publications : Voyage depuis l'inconnu (Le Ballet Royal, 2024), Braver la nuit (Le Silence qui roule, 2020), Samson sur la colline (Thot, 2018), Fulminations (Henry, 2017). -
Yves Humann se place d'entrée sous le parrainage de Philippe Jaccottet. Il voudrait éloigner ce qui nous sépare du clair, mais n'y parvient pas, se définissant lui aussi comme le pire écolier, il semble naturellement s'attacher aux aspects négatifs, maisons décrépites, saleté des rues plus qu'à la beauté des fleurs en pleine lumière. C'est un homme courroucé contre ce monde et contre lui-même. D'autant qu'il sait le voile d'illusion posé sur la réalité, voile de Maya, dit-on en Inde, qui pose la dualité dans l'univers phénoménal que confortent nos sens et notre raison, quand il s'agirait de transcender cette chimère pour savoir et surtout expérimenter que le soi et l'univers ne sont qu'un. Ainsi peut-on lire dans la première partie du recueil : et le voile toujours / entre / les yeux / entre les bouches / entre les coeurs / le voile. Les mots eux-mêmes sont des mirages le verbe est impuissant / à toucher la matière et plus loin quand le logos a recouvert / le monde de son voile / que reste-t-il pour l'attention ?
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De Ron Rash, le public français ne connaissait jusqu'à présent que les romans noirs, publiés notamment par les éditions du Seuil, et, depuis quelques années, par Gallimard. Or, c'est à sa poésie que Ron Rash est peut-être le plus attaché, ainsi qu'il nous l'a confié lors d'une rencontre à Bruxelles en octobre 2022. Ce manque est désormais comblé avec la traduction de Poems, volume qui réunit l'essentiel de ses divers recueils : Eureka Mill paru en 1998, Among the Believers (2000), Raising the Dead (2002) et Waking (2011).
Nous avons choisi d'intituler cet ensemble Réveiller les morts, car c'est de cela qu'il s'agit au fil de ces 125 poèmes : redonner vie aux disparus. Vous allez remonter un siècle d'histoire américaine sur cette terre du Sud des Appalaches aux confins des deux Caroline, où Ron Rash a grandi. Il a vingt ans en 1973 lorsque la vallée de Jocassee, ancienne terre indienne Cherokee située dans le Nord-Ouest de la Caroline du Sud, est ensevelie sous un lac de barrage. Les vivants qui en sont chassés ouvrent les tombes pour réveiller les morts, les emmener avec eux avant que l'eau n'arrive. Jocassee signifie « lieu de l'être perdu » et c'est bien à une quête de ceux qui ne sont plus que Ron Rash nous invite. Leur mémoire habite les espaces, de l'âpreté des champs à la misère de l'usine. -
Maria Zambrano est à la fois une philosophe, c'est sa formation, et une poète, c'est son inclination. Elle écrit des sortes de poèmes philosophiques qui tout ensemble émeuvent, donnent à voir et à penser, s'inscrivent très profondément dans la mémoire, agissent sur nous de l'intérieur et aident à vivre. Mais - est-ce parce qu'ils échappent à un genre défini, parce qu'en eux la pensée et la vision vont chercher d'elles-mêmes la forme où elles se diront ? - ils résistent à une lecture académique. Il est difficile de traduire Maria Zambrano, ce qui désespérait Camus qui ne trouvait pas de traducteur pour L'homme et le divin, il est tout aussi difficile d'écrire sur elle. J'ai mis plus de quinze ans avant de le tenter, et encore, timidement. J'ai essayé de différentes manières. La plus importante, qui n'apparaîtra pas ici, a été l'écriture poétique. écrire des poèmes, c'était essayer de rejoindre Maria Zambrano. Ce n'était pas écrire sur elle mais avec elle, selon elle, dans la direction qu'elle m'indiquait par son oeuvre dans ma vie. Je pense que c'était une juste manière de lui être fidèle, de recevoir son enseignement. Ainsi, en écrivant, en la lisant, ma vie peu à peu s'ouvrait de l'intérieur, s'éclairait, se transformait, s'illuminait sans s'éblouir.Jean Marc Sourdillon
Jean Marc Sourdillon a publié en poésie Les Tourterelles (La Dame d'onze heures, préface de Philippe Jaccottet, encres d'Isabelle Raviolo, 2009), Les Miens de personne (La Dame d'onze heures, préface de Jean-Pierre Lemaire, lavis de Gilles Sacksick, 2010), Dix secondes tigre (L'Arrière-pays, 2011), En vue de naître (L'Arrière-pays, 2017), La Vie discontinue (La part commune, 2017) et chez Gallimard : L'unique réponse et Aller vers. Il a également traduit Maria Zambrano et édité les oeuvres de Philippe Jaccottet dans la Pléiade. -
Textes inédits de Franck Venaille & Gabriella Mistral
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Extrait :
Ce sont les larmes d'AchilleRetrouvées dans l'amitié d'une écritureQue j'ai partagées avec le geste de la serpe
à peine jetées dans le terrain vagueLes têtes blanches sacrentLa vie pionnière de permissions exemplaires
Charte vulnéraire azulène du regardDe Celui qui parle divinement En la compagnie très allanteDe la plante qui ne fut pas nomméePar le botaniste d'Eresos
Jean Maison : Très marqué par Chateaubriand, Cendrars, Reverdy, il adresse ses premiers poèmes à René Char avec qui il liera une forte amitié jusqu'à la mort du poète. Parmi ses dernières publications : Consolamentum (Farrago/Léo Scheer, 2004), Araire (Rougerie, 2009), Le premier jour de la semaine (Ad Solem, 2011), Le Boulier cosmique (Prix Charles Vildrac de la poésie, Ad Solem, 2013), La Vie lointaine (Rougerie, 2014), A-Eden (Ad Solem 2018) et Une seule pierre dans la fronde, (Corlevour 2022). -
Récit des origines, le livre de la Genèse ouvre l'Ancien Testament. Cet ouvrage en reprend les onze premiers chapitres, à l'aspect symbolique et mythique très forts. Présenté dans la traduction du chanoine Osty, ce récit met en scène la création du monde, de l'homme et de la femme, et les premiers moments de l'humanité. Texte fondateur de la civilisation judéo-chrétienne, il propose, plus qu'un récit historique d'événements passés, un regard symbolique sur la condition originelle de l'homme dans son rapport à l'univers et à Dieu, sur les liens entre homme et femme, et sur l'apparition du mal dans le coeur de l'homme. Sont évoqués tour à tour les deux récits de la création, la chute originelle, le premier meurtre de l'humanité avec Cain et Abel, l'expansion du mal, la construction de l'arche de Noé, le déluge, l'origine des nations, la tour de Babel.
Loin du texte naïf auquel on le réduit souvent, la Genèse fait partie de ces grands écrits symboliques qui proposent à chacun une réflexion sur l'origine et la destinée humaine, dans un langage très simple. Un incontournable de notre culture subtilement enluminé.
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Qui si je criais... ? oeuvres-témoignages dans les tourmentes du xx siècle
Claude Mouchard
- Corlevour
- 3 Mai 2007
- 9782916010205
Dans cet essai, Claude Mouchard s'interroge sur le lien singulier que de nombreuses oeuvres littéraires du XXe siècle ont instauré avec le témoignage, quand celui-ci concerne certaines des destructions massives et organisées du XXe siècle : la Shoah, les camps staliniens, Hiroshima, la machine de mort Khmère rouge. Les écrivains et poètes dont il parle sont, entre autres, Robert Antelme, Paul Celan, Imre Kertész, Margerete Buber-Neumann, Varlam Chalamov, Takarabe Torito, Ibuse Masuji. Claude Mouchard pose une double question : d'une part quand et comment l'exigence de témoigner devient-elle oeuvre littéraire ; d'autre part qu'est-ce que l'oeuvre littéraire rend possible que le témoignage ne permet pasoe L'essai de Claude Mouchard donne largement la parole aux écrivains : de nombreux poèmes, de nombreux extraits parcourent son livre qui est ainsi une sorte de bibliothèque des oeuvres consacrées aux horreurs collectives et historiques du XXe siècle.
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Amour, manque, solitude, mémoire, peur de l'oubli... Ils disent qu'il y a un remède, mais lequel ? Face aux fantômes du passé, aux désillusions, à la fatigue d'exister, la poésie de Dorian Masson cherche, questionne, résiste. À travers des fragments d'intimité, des photographies lyriques ou crues du réel, le jeune auteur évoque les passions qui griffent, les regrets qui grattent et les rêves qui s'étiolent avec le temps. On s'accroche aux restes d'une fête qui s'éteint, aux visages entrevus, aux amours qui n'ont pas tenu ou aux promesses que l'on s'était faites et que l'on aurait tellement voulu croire. Dans une langue électrique et sensuelle, les souvenirs d'enfance côtoient les errances nocturnes, les figures aimées se mêlent aux absents, et derrière l'occasionnel cynisme, toujours, la tendresse. Un livre à vif, dicté par une seule certitude : avancer, malgré tout.
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Altération, confusion, désordre, colère, dépression...Les violences qui nous frappent jour après jour altèrent l'esprit, le coeur et le corps. Est-il possible de lutter contre nos passions tristes ? Résister à l'angoisse, au siège que tiennent en nous l'impuissance et l'amertume ? Du joyeux choc que provoqua sa rencontre avec l'oeuvre de la philosophe des sciences, Donna Haraway (et donc d'une multitude d'altérités vivaces et inspirantes découverte par la suite), la poète Anne Mulpas propose ici de patauger dans la tourbe du rêve, s'enfoncer dans le compost du poème. Épopée poétique, patchwork de désirs et/ou Grand Bordel de la création : pas de « réponse », de « solution », plutôt un mouvement, un chant - singulier et polyphonique. Dans le trouble, avec « amour&rage », quelques voix tricotent leur « improbable » émancipation avec et dans les marges du Réel, rappelant que la moindre fissure convoque la lumière, qu'un simple bout de fil pelote l'imaginaire.
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« Réginald Gaillard livre dans ce nouveau recueil le récit émouvant, complexe, dur, parfois cru, d'une grande épreuve, d'une longue descente dans un « enfer... vivant », un désert spirituel, après la perte d'une présence féminine et ouvertement sexuelle. Celui qui parle dans les poèmes se regarde déchoir dans un monde déchu, en retenant toujours, cependant, l'espoir. L'espoir ne se trouve, en effet, dans toute sa force que lorsqu'on s'expose à l'horreur, en avouant tout ce que l'on trouve en soi et en y faisant face. » Michael Edwards
Réginald Gaillard est poète, romancier. Co-fondateur de la revue L'Odyssée (1996-1997), fondateur de Contrepoint (1999-2000) puis en 2002 de la revue NUNC et des éditions Corlevour. Il a publié trois recueils de poésies dont : L'attente de la tour (2013), L'échelle invisible (2015), et Hospitalité du gouffre (2020, Prix Max Jacob 2021), parus chez Ad Solem. Son premier roman, La partition intérieure (Le Rocher, 2017) a reçu le Grand Prix catholique de littérature. -
En 1935, l'année de création d'Ivan Vassilievitch, Staline étendait la peine capitale aux enfants de douze ans après avoir interdit tout recours contre les sentences de mort prononcées par les juridictions spéciales du NKVD - la police d'État. C'est avec ce repère historique en tête qu'il faut lire Ivan Vassilievitch. Alors on goûte mieux l'insolence formidable et l'humour dévastateur de cette pièce en trois actes, pleine de rebondissements, de quiproquo et de coups de théâtre. Hélas, catalogué de petit-bourgeois réactionnaire, Boulgakov ne verra jamais monter son oeuvre théâtrale, ni publier ses romans. La censure savait ce qu'elle faisait : nul doute que cette pièce aurait connu l'énorme succès que ses répétitions présageaient. Dans un décor familier à tous les soviétiques - un appartement communautaire - Timoféïev, un savant fou a mis au point une machine à faire tomber les cloisons du temps et de l'espace. Son déclenchement met en scène Ivan le Terrible en même temps que le terrible Ivan, syndic de l'immeuble qui, s'il porte le même nom que le tsar, lui ressemble aussi comme un jumeau. Sur le principe des poupées russes, ce vaudeville truculent et sarcastique cache une satire du pouvoir, qui dévoile à son tour celle de la société moscovite, puis de l'intelligentsia de l'époque.
Le génie satirique de Boulgakov est tel, que la machine de Timofeïev se met en marche pour chaque lecteur, quels que soient le monde, l'époque, et la société qu'il habite. Il ne peut plus alors que pleurer...
De rire.
Christiane Rancé
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Salvatore Quasimodo (Modica 1901- Naples 1968) est l'un des principaux poètes italiens du vingtième siècle. Son oeuvre a été couronnée par le prix Nobel de littérature en 1959.
Dès 1930, le poète renouvelle le genre (Eaux et terres) par une concision, une densité et une puissance d'évocation peu communes. Ce recueil et les suivants seront rassemblés en 1942 sous le titre Et soudain c'est le soir. Le succès de ce livre est immédiat.
Viendront, après la guerre, des textes plus amples chantant l'épopée de la Résistance et la difficile conquête quotidienne de la liberté (Jour après jour, 1947; La vie n'est pas un songe, 1949; Le vert, faux et vrai, 1954; La Terre incomparable, 1958 ; Donner et avoir, 1966). Continûment, Quasimodo explore la nostalgie d'un impossible retour aux origines, qu'il s'agisse de l'enfance ou de sa Sicile natale, confondues dans un seul mythe dominé par la perfection du modèle grec antique.
Ce volume, bilingue, propose au lecteur l'ensemble des recueils que Quasimodo a publiés.
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Car le jour touche à son terme est composé de treize textes répartis en trois mouvements qui font entendre le souffle et partager la foulée, tantôt courts tantôt amples, de ces êtres que poursuivent l'abandon et sa violence. Ils s'accrochent aux terres anciennes, qu'elles soient héritées ou confisquées (c'est l'arrière-pays de la première partie) ; ils empruntent aussi la voie de leur disparition, qu'elle soit sans issue ou sans retour ; ils consentent enfin, peut-être, à ce que la lumière ne vienne plus du jour mais de son terme. Alors peut arriver un soir inespéré, de gratitude et de visitation.
Car le jour touche à son terme est porté par une écriture attachée à dire l'effondrement aussi bien que le relèvement, une écriture qui est dépouillement (notamment dans son lexique) aussi bien que vêtement (notamment dans son ampleur).
Le recours au verset et à une progression par amplification d'un terme ou d'un thème apparentent l'auteur à des poètes tels que Paul Claudel, Charles Péguy ou Pierre Oster. Cependant, le choix fréquent par celui-ci d'un lexique dur et cru, la présence parfois d'une syntaxe heurtée et saccadée, destinés à dire l'échec de la relation, la solitude et l'effondrement dans toute leur nudité et leur évidence, révèlent l'influence d'autres voix : celle d'Henri Michaux mais celles aussi, au-delà du champ de la poésie, de Samuel Beckett, Louis-René Des Forêts et même Eugène O'Neill. -
Édition bilingue français néerlandaisTraductions du français de Katelijne De VuystTraductions du néerlandais de Daniel CuninAccompagné de 32 reproductions d'oeuvres réparties en 2 cahiers couleurs de 16 pages
Nicolas Rozier : Karel DierickxBernard Dewulf : Pendant le dessinGaëtane Lamarche-Vadel: Lignes de vieGuido de Bruyn : PoèmesHeiner Hachmeister : Présence illusionnaireInge Braeckman : Pour Karel DierickxJo Gisekin : Sans fin peu s'en faut, toujours plus avantStefan Hertmans : Ballets de la main et réflexionsStefan Hertmans : L'inéluctable adieuRoland Jooris : PoèmesKarel Dierickx : Une promenade d'intérieurTexte du documentaire éponyme réalisé par Guido De Bruyn, 2006 -
Que nous dit notre enfance lorsqu'elle s'est éloignée ?
Comment nous revient-elle, nous accompagne-t-elle, nous hante-t-elle ?
Quelles forces, quelles voix habite-t-elle autour de nous ? En nous ?
Comment, même si la vie nous bouscule, garder le goût des merveilles ?
Au fil des quatre mouvements de ce livre, l'autrice nous propose la traversée d'un monde mélancolique, parfois cruel, à lisière du conte. C'est notre enfance, peuplée d'ombres et de mystères, vulnérable mais animée d'une lumineuse énergie vitale, qui se trouve convoquée et peu à peu incarnée. Le thème du double, de la sororité imaginaire ou rêvée s'impose en dernière partie d'un recueil qui interroge avec intensité la magie de l'écriture, son pouvoir de métamorphose du réel et sa force à nous rendre ce qui était perdu.