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Arfuyen
-
L'Étrange Expérience d'un misogyne
Jack London
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 8 Mai 2025
- 9782845903982
« Quelque part la nuit dernière - il a généralement été admis que c'était vers minuit - d'une manière mystérieuse et inexplicable, dans le monde entier, toutes les femmes ont soudainement disparu. De même qu'il n'y avait pas eu de signe avant-coureur, il n'y a pas eu de traces. » Au-delà des premières réactions bravaches qu'elle suscite dans la gent masculine, l'événement ne tarde pas à faire apparaitre ses terribles conséquences.
Car, chez les oiseaux de même, les chants ont cessé et les abeilles ont cessé de produire. « Savez-vous que c'est probablement le dernier miel qui passera par vos lèvres ? » Avec une réjouissante ironie, Jack London se plaît à montrer les hommes rôder dépenaillés, ensauvagés, sans projet, les villes livrées à la violence et la misère, la nature condamnée au silence et à l'extinction.
Jack London a publié son premier texte à 17 ans, en novembre 1893, en gagnant un concours organisé par un journal de San Francisco. Au cours de sa brève carrière d'écrivain (il est mort à 40 ans), il a abordé avec un extraordinaire succès les genres littéraires les plus variés, du récit au roman, de l'essai au théâtre, mais est resté toute sa vie fidèle à la forme de la nouvelle.
Sa nouvelle la plus fameuse, Construire un feu, écrite dès 1892, ne fait partie d'aucun des recueils parus de son vivant. Les cinq nouvelles ici présentées, inédites en français, ont été écrites en 1897-1898. Dans leur étonnante diversité et liberté de ton, elles témoignent de cette richesse d'imagination et cette sûreté d'écriture qui font tout le génie de l'oeuvre de London. -
Ainsi parlait Tome 50 : Platon : dits et maximes de vie
Platon
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 16 Octobre 2025
- 9782845903951
Platon ne cesse d'être étranger à lui-même. Est-ce lui qui prête, ou emprunte-t-il sa voix aux autres ? Il fait parler le vieux Parménide, à la recherche de l'être et du non-être, ou Aristophane, racontant entre éternuements et fous-rires le mythe de l'androgyne, ou Socrate, qui ne dit qu'une chose, c'est qu'il n'a rien à dire. Dans ce théâtre d'ombres, où se situe Platon?
« On ne s'imagine Platon et Aristote qu'avec de grandes robes de pédants, écrit Pascal. Mais c'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis. Et quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leurs Politiques, c'était la partie la moins sérieuse de leur vie ; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement. »
Devant les dialogues de Platon, il faut retrouver l'étonnement. Chacun de ses personnages semble le porte-voix d'un autre qui était plus près du moment originel de la parole. L'oeuvre de Platon reflète la condition humaine même : celle de la représentation, dans un espace intermédiaire entre la présence pure et l'absence simple. Nous vivons sous le règne de Zeus : le temps s'écoule dans le mauvais sens, le monde est de plus en plus désordonné et la politique de plus en plus impossible. Socrate est celui qui clame qu'il faut inverser aussi le cours de notre vie. Il le paiera de sa vie.
Marquée par la tradition chrétienne qui se l'est approprié, la lecture de Platon est victime d'un esprit de système que déplorait Montaigne. Il faut redécouvrir ce que cette pensée a de divers et d'ouvert. C'est ce que peut nous apporter, grâce à l'approche novatrice d'Emmanuel Pasquier, une lecture comme celle de la collection « Ainsi parlait ». -
L'éclatante beauté de Sally
Elizabeth Von Arnim
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 30 Octobre 2025
- 9782845904002
En mars 2024, les éditions Arfuyen ont inauguré leur collection de fiction « Le Rouge & le Noir » par la traduction d'un roman inédit d'Elizabeth von Arnim, Un été en montagne, qui a permis de constater combien la magie de cette oeuvre reste intacte. Pour le 10e volume de la collection, quel meilleur choix que de proposer cet autre roman inédit en français (en anglais Introduction to Sally), plus ample et plus séduisant encore par sa fantaisie, sa finesse et son joyeux féminisme.
« Tu devrais essayer de mieux cacher tes cheveux », suggère à Sally son jeune époux. Mais elle : « Ça ne change rien. Les gens me regardent quand même. » Sally est d'une beauté insolente, ravageuse, qui rend les hommes stupides. Elle n'en tire pas gloire : « Les gens commencent par "Oh, comme vous êtes belle" et finissent toujours en colère. » Les compliments l'insupportent et elle est farouchement indépendante.
Une telle beauté alliée à la lucidité est une malédiction. Brillante et ironique, Elizabeth von Arnim nous entraîne dans une folle cavalcade, jusqu'au point où l'époux doit s'interroger : « Sally, qu'il avait eu l'intention de façonner, était en train de le façonner lui. Ce qu'elle faisait de lui, c'était une marionnette. Oui. Rien que ça. Tous les maris sont-ils des marionnettes ? »
Le personnage lumineux de Sally sert de révélateur à une galerie de personnages pittoresques comme un modèle réduit de la société, du « dessus du panier » d'une vieille aristocratie totalement déphasée aux banlieues cockney, sans ménager les préjugés et les prétentions des classes moyennes, qui ne parlent que de convenances et ne pensent qu'à l'argent. -
Ainsi parlait : Colette : Dits et maximes de vie
Colette
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 9 Janvier 2025
- 9782845903791
La littérature française classique compte quatre écrivaines majeures : Madame de Sévigné, Germaine de Staël, George Sand et Colette. De ces quatre-là, Colette est la seule dont l'oeuvre est très largement lue aujourd'hui encore.
Écrivaine populaire avec les Claudine et les Chéri, Colette est devenue grâce à sa liberté d'esprit et la puissance de son écriture, une sorte d'équivalent féminin de son contemporain Marcel Proust.
Colette aimait à dire pourtant qu'elle n'était devenue écrivaine que par hasard : « Dans ma jeunesse je n'ai jamais, jamais désiré écrire. » Mais à l'âge de 20 ans, elle épouse Gauthier-Villars (Willy) et devient l'un de ses multiples « nègres ». Sa vocation, nous dit-elle, était tout autre : « Née d'une famille sans fortune, je n'avais appris aucun métier. Je savais grimper, siffler, courir, mais personne n'est venu me proposer une carrière d'écureuil, d'oiseau ou de biche. »
Colette n'a pas fréquenté, comme les autres grands écrivains de sa génération, les grands lycées parisiens. Sa scolarité s'est arrêtée lorsqu'elle avait 16 ans. Elle a toujours gardé l'accent bourguignon : cette « voix de syrinx, écrivait Aragon, où perchait / Avec toutes les variations d'un / Beaune / Le roulement des r comme un vin dans le chai ».
Sans cesse, écrivait-elle, il faut retourner aux choses : « Nous ne regardons, nous ne regarderons jamais assez, jamais assez juste, jamais assez passionnément. » Ce qui rend vivantes toutes choses, c'est une certaine vibration qui est en elles, un rythme. Colette jouait bien du piano et a écrit le livret de L'Enfant et les Sortilèges de Ravel.
C'est chez sa mère qu'elle a trouvé la force de cette liberté indomptable. « Marcel Schwob, déclarait-elle, m'appelait «la béguine aux scrupules». Et il est vrai que je mets des scrupules un peu dans tout. Je cache mes scrupules sous un peu de cynisme. » -
Le mariage du ciel et de l'enfer
William Blake
- Éditions Arfuyen
- Neige
- 9 Septembre 2004
- 9782845900424
Introduits par le livre de thel (1789), figure de la prise de conscience enfantine de la mort, le mariage du ciel et de l enfer (1793) et l'évangile éternel (1818), réunis ici pour la première fois en seul volume, sont les deux " réécritures " blakiennes de la torah juive et des évangiles chrétiens.
Blake l'affirme lui-même : il veut écrire une autre bible - il va jusqu'à évoquer une " bible de l'enfer ". messie négatif, transgresse-t-il la " loi " pour mieux l'affirmer ? de quel " exil " serait-il la promesse enfin tenue ? au-delà des " influences " et des " sens ", qu'est-ce qui motive le poète ? blake n'est pas, comme le voulut bataille, un poète du mal. il " montre " le mal, mais c'est pour le fondre dans la contradiction universelle, pour démontrer qu'il mène à la possibilité du bien ! il s'en prend vigoureusement aux " institutions ", mais sa bible noire et son evangile blanc sont des approches poétiques et mystiques qui dessinent les contours de la même loi fondamentale : il y a du symbolique et ce champ est la dimension et l'espace du père.
Excellent connaisseur de la bible et de la kabbale - jusqu'à apprendre l'hébreu pour les lire dans le texte -, loin de vouloir brûler les livres, il en rappelle l'évidence poétique. le feu qui y brille est celui de la révolte intérieure, de l'aspiration à l'absolu, l'appel sans fin à la transgression suprême et quotidienne. alain suied. -
Les héritiers du monde
Joseph Conrad, Ford madox Ford
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 9 Janvier 2025
- 9782845903807
Totalement inédit en français, Les Héritiers du monde (The Inheritors) a paru en 1901,juste après deux des chefs-d'oeuvre de Conrad, Au coeur des ténèbres (1899) et Lord Jim (1900).
Ce récit prophétique et haletant dénonce les techniques de désinformation et de manipulation qui, d'un popu-lisme à l'autre, ne cessent de menacer les démocraties.
Avec une étonnante maestria, Conrad et Ford tissent une intrigue à trois niveaux : un financier philanthrope et mégalomane mène une campagne inter-nationale pour exploiter les ressources du Groenland ; un noyau d'activistes cherche à compromettre le gouver-nement britannique pour discréditer sa «politique de la raison » ; par un subtil jeu d'échecs, une femme fasci-nante et cynique les manoeuvre tous à ses propres fins.
Qui sont ces « Héritiers du monde », dont elle se revendique ? « Nous sommes l'Inévitable, affirme-t-elle, et vous ne pouvez rien contre nous. »
Le plus étonnant dans ce roman, c'est que cette histoire qui ressemble à La Guerre des mondes (H. G. Wells était un ami de Conrad) ou à une dystopie sur les cyberdictatures, se fonde sur la situation du Congo belge, riche en or, pétrole et autres ressources, tel que Conrad l'a découvert lorsqu'il y a été embauché comme capitaine de steamer en 1890.
Le personnage central des Héritiers du monde, est fortement inspiré du roi Leopold II, « sorte de philanthrope mégalomane » qui pillait sans scrupule cette terre devenue son bien personnel. Le Groenland du roman transpose ces souvenirs du Congo. Exploiter les richesses du Groenland en jouant entre les grandes puissances, est-ce un hasard si c'est le thème de la quatrième saison de la fameuse série danoise Borgen ? -
Fumiko Fumiko Hayashi a souvent dit combien les littératures française et russe l'ont influencée. Ses pages les plus intimistes présentent par exemple des accents nettement tchekhoviens. On a également comparé son parcours à celui du héros de Martin Eden de Jack London même si bien sûr, entre le jeune marin de la baie de San Francisco et la fille de marchands ambulants du sud du Japon, les sensibilités sont radicalement différentes.
Marquée par une enfance misérable et par les problèmes sociaux et politiques de son pays, cette romancière qui fut grande voyageuse en Sibérie et en Europe mais aussi reporter de guerre en Indonésie, décrit de manière poignante, à travers le destin d'un animal ou le regard d'un enfant, la lutte de ses compatriotes, et en particulier, des femmes, pour leur dignité.
Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma, de son vivant et après sa mort, notamment par Mikio Narusé, ce qui n'a fait qu'augmenter la très grande notoriété. Sa place dans la littérature japonaise du XXe siècle se situe aux côtés des plus grands grâce à une exceptionnelle qualité d'observation de la vie moderne et à une profonde sensibilité au sort des plus démunis.
Après La Flûte de la grue, paru chez Arfuyen en mai 2024, paru chez Arfuyen en mai 2024, le nouvel ensemble de textes ici présenté par René de Ceccatty comprend, à côté de contes d'inspiration plus ou moins fantastique, plusieurs nouvelles et récits autobiographiques comme l'admirable « Une femme célèbre » qui donne son titre au recueil. -
« Je n'hésite pas à voir le plus grand événement de nos jours dans la publication de l'oeuvre de Malcolm de Chazal », écrit André Breton, qui admire son « système génial de perception et d'interprétation » et ajoute : « On n'avait rien entendu de si fort depuis Lautréamont... l'attitude de Chazal n'admet aucun antécédent dans l'histoire de la pensée humaine. » Et Jean Paulhan, lui si prudent, n'hésite pas à écrire : « Ça n'arrive pas tous les jours de rencontrer un écrivain de génie que personne ne connaît. En voici un. »
Chazal a plusieurs fois évoqué l'expérience fondatrice qui a nourri sa pensée : « Je suis un être revenu aux origines... La clé exacte de la vision retournée, je l'eus un jour, dans le jardin botanique de Curepipe...J'avançais dans la lumière de l'après-midi vers une touffe de fleurs d'azalées, et je vis une des fleurs qui me regardait. » Épisode qui rappelle l'instant fondateur de Jakob Boehme, le reflet du soleil sur une cruche d'étain. L'Homme et la Connaissance, où Chazal synthétise sa pensée, sera préfacé par Raymond Abellio : «Nous sommes, écrit-il, en présence d'un voyant de génie. »
Nombre des ouvrages de Chazal, publiés à compte d'auteur, n'ont pourtant jamais été réédités. Ainsi La Parole, qui fut imprimé en 1955 à seulement 50 exemplaires hors commerce et est depuis longtemps introuvable. Or il s'agit d'un texte central dans la réflexion de Chazal : « L'homme seul ne danse pas en marchant. L'homme seul est hors du Grand Jeu. Le mouvement de Nature est un jeu. L'homme, lui, se déplace [...] La Parole est ce par quoi la vie est une, et qui fait de l'homme le fils aîné de la Nature. La Nature est la Parole, dont l'homme s'est échappé. » -
Terminus ; Et autres poèmes intimes
Edith Wharton
- Éditions Arfuyen
- Neige
- 3 Octobre 2024
- 9782845903753
Edith Wharton (1862-1937) se disait poursuivie par les sujets de romans : « Ils pullulent autour de moi comme des moustiques ! Ils me rendent malade ; ils m'étouffent. J'aimerais m'en débarrasser. » Enfant déjà, elle ne cessait de raconter des histoires à ses proches, et il fallait que ces histoires semblent extraites d'un livre : « Chaque jour, durant des heures j'arpentais la nursery absorbée à «lire» inépuisablement des contes dans un livre que la plupart du temps je tenais à l'envers. »
Tout aussi précoce cependant que sa vocation de romancière fut pour Edith Wharton la vocation de poète. « Quand je lus mes premiers poèmes, écrit-elle, je sentis que c'était «une bénédiction d'être vivant par une pareille aurore». Ici, les mots étaient transfigurés ... C'étaient des présences visibles, presque tangibles, avec des visages aussi distincts que ceux des personnes parmi lesquelles je vivais. »
Wharton avait 16 ans quand parut son premier recueil de poèmes, Verses, en 1878. Deux autres livres de poésie ont paru de son vivant : Artemis in Actaeon en 1909 et Twelve Poems en 1926. Mais autant de ses poèmes, éparpillés dans ses correspondances ou dans ses carnets, n'ont paru qu'à titre posthume. C'est le cas de Terminus, l'un de ses poèmes les plus amples et les plus personnels, que Jean Pavans a placé au centre de ce choix de textes qui permet de découvrir enfin en France la poésie de Wharton, la plus française des écrivaines américaines. -
Ainsi parlait : Goethe : dits et maximes de vie
Johann Wolfgang von Goethe
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 3 Avril 2025
- 9782845903852
« Une esthétique et une éthique de l'extrême et de la limite se sont imposés, écrit Tzvetan Todorov, alors qu'il n'y a pour Goethe de valeurs supérieures à la modération et à l'équilibre. » Nous avons tendance à privilégier des écrivains au destin tragique comme Hölderlin ou Kleist alors que Goethe est mort à 80 ans. Goethe est pourtant aujourd'hui plus actuel que jamais. Écrivain, scientifique et penseur politique, il est sans cesse en balance entre affirmation et négation, tradition et innovation, liberté et nécessité, optimisme et scepticisme. C'est pourquoi il est, selon Nietzsche, le seul écrivain allemand à n'avoir pas vieilli. L'essentiel de son message est moins à chercher dans ses romans que dans sa correspondance et ses entretiens. Goethe a vécu une période de transition riche en bouleversements sociaux et économiques. Il suit l'actualité scientifique et n'est en rien un anti-moderne. Mais il s'inquiète des dangers pour la civilisation et la nature d'une excessive auto-affirmation de l'individu. Faust est cet être totalement égocentrique dans son attitude envers les autres et envers la nature. Son destin est un avertissement qui entre en résonance avec les inquiétudes contemporaines concernant l'avenir de notre planète. Goethe a-t-il jamais réussi à refermer la boite de Pandore de la subjectivité extrême qu'il avait ouverte dans sa jeunesse avec son Werther ? Il y a quelque chose d'héroïque dans sa détermination à terminer ce second Faust qui offre un tableau complet du monde moderne, et, en même temps, bien avant Wagner, un spectacle total incluant musique et chorégraphie.
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Journal d'une planète minuscule
Agnès Clerc
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 16 Octobre 2025
- 9782845903944
« Il fait un temps de mois de la guerre, deux temps ennemis qui se chassent l'un l'autre, je le ressens plus que je ne le vois, je devine la couleur du ciel aux variations de celle de la toile d'araignée sur la vitre du soupirail. »
Dans un sous-sol parisien, un homme d'aujourd'hui se raconte, isolé d'une société où l'on consomme et soi-disant communique. Autour de lui, planète minuscule, gravite une constellation de personnages, un sans-abri philosophe, une bienveillante conseillère de France Travail, un camarade de collège à l'aise dans sa vie, Mama Net, la providence du cybercafé - et surtout, une jeune fille, étrange enfant des réseaux sociaux.
Au fil des rencontres, va-t-il s'ouvrir aux autres, au risque de se perdre lui-même ? L'histoire en décidera.
Le narrateur porte sur toutes choses un regard de compassion. Vaguement, vaguement amusé. Comment en vouloir à tous ces fous qu'il rencontre ? Plus on les écoute, plus on sent que chacun s'efforce seulement tant bien que mal de survivre. L'époque est sans pitié. Ce sous-sol est paradoxalement plutôt protecteur. La vie n'y est pas plus difficile que l'est pour la minuscule planète Mercure le vaste ciel : « 4879 kilomètres de diamètre, à peu près l'océan Atlantique ». La menace est partout.
Toujours percutante et surprenante, l'écriture d'Agnès Clerc est admirablement précise et élégante. Sa touche sûre dépeint le quotidien de notre époque avec une ironie implacable sans jamais tomber dans la banalité. -
Sous la neige ; Les Metteurs en scène ; Le Bilan
Edith Wharton
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 3 Octobre 2024
- 9782845903746
« Pourquoi si peu de parents savent-ils quelle chance c'est pour un enfant d'apprendre en bas âge les langues modernes ? » observe Edith Wharton dans son autobiographie, Les Chemins parcourus. Le français, elle l'a parlé depuis l'âge de quatre ans. Elle n'a cessé de le pratiquer au cours de ses nombreux séjours en France et surtout à travers ses lectures.
En 1907 Wharton s'installe à Paris. Lorsque la guerre éclatera elle décidera d'y rester et participera à l'effort de guerre avec un extraordinaire dévouement. Elle sera parmi les rares étrangers à se rendre dans les tranchées.
Après la guerre elle vivra au gré des saisons dans sa fastueuse villa de Hyères et au Pavillon Colombe à Saint-Brice-la-Forêt (Val-d'Oise), et ne retournera qu'une seule fois aux États-Unis avant sa mort à Saint-Brice en 1937. Elle repose au cimetière protestant de Versailles.
Faut-il s'étonner que la plus française des grands écrivains américains ait écrit en français ? Ethan Frome, l'un de ses chefs-d'oeuvre, c'est en français qu'elle en a écrit l'ébauche et, un an après la publication en revue à New York, elle en livrera elle-même la version française sous le titre Sous la neige (1912). Écrite en français, la nouvelle Les Metteurs en scène (1908) n'a pas de version anglaise alors que The Letters/Le Bilan a paru en revue simultanément (1910) dans les deux langues à Paris et aux États-Unis. Les trois sont ici pour la première fois réunis et présentés par l'un des meilleurs connaisseurs d'Edith Wharton, Jean Pavans. -
Ainsi parlait Tome 43 : Simone Weil : dits et maximes de vie
Cécile A. Holdban, Simone Weil
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 4 Avril 2024
- 9782845903647
« Tous les hommes admettent une morale rigoureuse quand il ne s'agit pas de l'appliquer. ».
Simone Weil est une toute jeune professeure de philosophie au lycée de Roanne quand elle écrit ses lignes. À l'issue de l'année scolaire 1933-1934, elle quitte l'enseignement pour vivre la condition d'ouvrière.
Marxiste, elle a compris pourtant que la révolution ne suffit pas à résoudre le problème social : « Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n'a aucun contenu. » Elle n'a pas plus confiance dans les staliniens et les trotskistes que dans les réformistes : « Toutes les absurdités qui font ressembler l'histoire à un long délire ont leur racine dans une absurdité essentielle, la nature du pouvoir. » C'est au contact le plus proche avec la réalité que l'on peut comprendre les mécanismes de l'oppression et les moyens de s'en affranchir. De même, pacifiste, il lui faudra faire la guerre d'Espagne avec les anarchistes pour se donner le droit de parler de la paix.
Poussant au plus loin cette expérience de la compréhension des autres et de la compassion, la jeune agnostique révoltée en vient à se rapprocher du christianisme. « Nous vivons une époque privée d'avenir, observe-t-elle. L'attente de ce qui viendra n'est plus espérance, mais angoisse. » Après sa mort paraîtront les textes incandescents de la Pesanteur et la Grâce et L'Attente de Dieu qui révèleront en cette infatigable militante l'une des grandes spirituelles de son siècle. -
Le livre de la pauvreté et de la mort
Rainer Maria Rilke
- Éditions Arfuyen
- Les Carnets Spirituels
- 4 Novembre 2016
- 9782845902411
Le Livre de la Pauvreté et de la Mort est constitué d'une suite d'une tren-taine de poèmes de longueur très inégale. Avec une force de révolte qui paraîtra moins dans les recueils de la maturité, Rilke oppose la vie moderne - la ville monstrueuse, le culte de l'argent, l'accumulation des déchets - à la vie spiri-tuelle, avide de solitude et de pauvreté, en dialogue avec la mort et avec Dieu.
Partout présente dans cette grande invocation, la figure de François d'Assise, le Poverello, la figure par excellence du pauvre : « Ô toi qui sais, toi dont l'immense science / te vient de pauvreté, de trop de pauvreté : / fais qu'on ne chasse plus les pauvres / ni que le mépris les piétine. » Selon Lou Andréas-Salomé, la conception du livre, publié la même année que l'essai Sur Rodin (1903), est marquée par l'art du sculpteur : « La sombre puis-sance du dieu qui d'abord protège en son sein l'être naissant se dresse comme une sorte de gigantesque masse montagneuse où l'homme est enfermé. » En 1941 Arthur Adamov publie dans l'urgence dans la revue Fontaine, repliée à Alger, une adaptation très libre de ce texte avec une préface foudroyante : « J'ai le droit de dire de tous mes contemporains qu'ils ne sont que gonflés de leur propre vide, pourris d'amour-propre jusqu'à la putréfaction. » Ce qui est étonnant, c'est que cette version n'a cessé depuis d'être rééditée comme la traduction du Livre de la Pauvreté et de la Mort, même si elle ne comporte qu'une grosse moitié de l'original et ne vise pas aucunement à la fidélité.
Le texte de Rilke est pourtant assez beau et fort pour être lu pour lui-même. Le mérite de la traduction de Jacques Legrand, depuis longtemps épuisée (1re édition Arfuyen, coll. « Ivoire », 1997), bilingue et commentée, est de permettre de lire enfin le vrai texte de Rilke. J. Legrand est l'un des meilleurs spécialistes de la poésie de Rilke, dont il fut le co-traducteur au Seuil. -
Conversations avec Gustav Mahler
Natalie Bauer-Lechner, Gustav Mahler
- Éditions Arfuyen
- Les Vies Imaginaires
- 6 Février 2025
- 9782845903821
Célèbre de son vivant comme chef d'orchestre et directeur de l'Opéra de Vienne, Gustav Mahler (1860-1911) marque, avec ses dix Symphonies, le sommet de la musique romantique et la fondation de la musique moderne. À peine plus âgée que lui, excellente musicienne elle-même et douée d'une vaste culture, Natalie Bauer-Lehner (1858-1921) a été l'intime du compositeur et a su recueillir la quintessence de sa pensée.
Pendant 10 ans (1893-1902), elle a noté l'essentiel de ses conversations avec le compositeur. Ces Conversations ont été publiées pour la première fois en 1923 par le neveu par alliance de l'autrice, John Killian. C'est le texte de cette version originale, inédit en français, qui est ici publié. Indispensables pour comprendre l'oeuvre et la pensée de Mahler, ces Conversations offrent également un précieux réflexion sur la composition, la direction d'orchestre, le rapport texte-musique et, en général, le travail artistique.
Les conversations de Bauer-Lechner avec Mahler constituent le meilleur document que nous ayons sur le compositeur, aussi bien sur sa personnalité que sur son travail. « Dans toute oeuvre d'art, confie Mahler à son amie, doit se trouver une trace de cet infini qui est dans la nature. Elle doit en être comme un reflet. » Et une autre fois, parlant de sa Symphonie n° 4 : « Il y a là la gaieté d'un monde supérieur, qui nous est étranger et qui a pour nous quelque chose d'effrayant et d'horrible. »
Natalie Bauer-Lechner a elle-même suivi au Conservatoire de Vienne des études musicales approfondies et fait partie d'un quatuor à cordes réputé. C'est au Conservatoire qu'elle a connu Mahler dont elle est devenue une amie très proche. Issue d'une famille très cultivée, elle a une réflexion très vaste et très personnelle qui l'amènera plus tard à publier des textes d'inspiration féministe et pacifiste.
Les Conversations ici présentées sont la traduction intégrale et inédite en français de la première édition du texte de Bauer-Lechner, publié en 1923 par son neveu par alliance, John Killian. Le mérite de cette première édition est d'avoir su extraire des notes de Natalie l'essentiel de ce qui concerne Mahler, en laissant de côté digressions et commentaires qui affaiblissent la lecture du journal en son ensemble. -
Un déjeuner en montagne ; Le pur plaisir d'exister
Gérard Pfister
- Éditions Arfuyen
- Les Cahiers D'Arfuyen
- 11 Septembre 2025
- 9782845903968
Le récit en prose ici publié, d'inspiration indisso-ciablement philosophique, spirituelle et poétique, est centré sur le thème du banquet, thème central des traditions philosophiques et spirituelles, mais aussi lieu par excellence de l'amitié et de la poésie.
Dans son testament, Épicure demande que soit orga-nisé chaque année, le jour anniversaire de sa naissance, un banquet, qui n'est en fait qu'un grand repas amical, à la fois sobre et joyeux, en souvenir de lui. De la même façon, nombreuses sont les philosophies et les religions où un banquet est au centre du culte que les disciples vouent à leur fondateur, qu'il soit associé à un rite sacrificiel ou réduit à une Cène symbolique.
Le banquet est célébration de l'amitié et de la parole, mais aussi des dons de la nature et du mystère de la vie. Il est aussi, par-delà la mort, signe de fidélité et de gratitude envers le maître disparu. Malgré les misères des temps et l'angoisse du lendemain, on y affirme le plaisir simple d'être là, ensemble, grâce à lui.
« Toujours nous est doux le souvenir d'un ami disparu. » Cette citation d'Épicure, extraite des fragments inédits traduits par G. Pfister dans son Ainsi parlait Épicure (2022), ouvre le présent volume. « C'est plus facilement qu'on trouve / des ouvriers pour travailler / que des enfants pour festoyer. » Cette autre citation, de Marie de la Trinité, extraite de Entre dans ma Gloire (Arfuyen, 2003), le clôture. En marche vers la clairière où se tient le banquet, le marcheur - à la fois philosophe, spirituel et poète -, s'inter-roge (et ce sont les 3 parties de son récit) sur le but de son chemin, le sens du banquet et les fondements de l'amitié -
Lettres à une jeune femme : et autres écrits sur l'amour ; souvenirs sur Rilke
Katharina Kippenberg, Rainer Maria Rilke
- Éditions Arfuyen
- Les Vies Imaginaires
- 8 Février 2024
- 9782845903630
« Tout ce discours sur la libération du monde, écrit Lisa Heise à Rilke en août 1919, n'est-il pas vain tant que la justice reste incomplète dans les relations entre l'homme et la femme ? Pourquoi l'homme est-il si mal préparé à l'amour ? ».
Rilke n'a cessé de s'interroger sur l'amour et sur ces grandes amoureuses - de Sappho, Gaspara Stampa, la Religieuse portugaise - qui l'ont porté, à travers les souffrances de l'abandon, à ses plus hauts accomplissements. Et voici qu'une jeune femme, laissée seule sans moyens avec son fils, lui demande conseil et réconfort : au livre qu'il a toujours voulu écrire sur ce thème s'ajoute le chapitre manquant.
C'est en 1930, un an après la parution des Lettres à un jeune poète, que paraîtront ses Lettres à une jeune femme. Traduites en de nombreuses langues, elles n'ont jamais paru en France en intégralité. Elles sont pourtant du plus haut intérêt tant du fait de la personnalité singulière de Lisa Heise (1893-1969), pianiste, horticultrice et écrivaine, que de l'attention lucide et bienveillante qu'accorde l'écrivain à cette jeune inconnue.
Le présent ouvrage rassemble au côté des Lettres à une jeune femme un large ensemble des écrits sur l'amour de Rilke : « Les livres d'une amante », « Sur la Portugaise », « Celles qui aiment » et 18 poèmes d'amour dont le dernier intitulé « Pour Madame Lisa Heise ». Le texte de K. Kippenberg, amie proche de Rilke, évoque son rapport particulier avec les femmes. -
Ainsi parlait Tome 48 : Barbey d'Aurevilly : Dits et maximes de vie
Jules Barbey d'Aurevilly
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 5 Juin 2025
- 9782845903890
En 1856, Barbey d'Aurevilly revient dans son Cotentin natal après 20 ans d'absence ! Lui dont toute l'oeuvre est inspirée par ce terroir, il a vécu presque toute sa vie à Paris. Lui qui a été l'incarnation du dandysme et s'est rêvé grand seigneur, il a fini sa vie dans une simple chambre louée à Paris.
Immense est pourtant l'ambition de cette oeuvre. « J'ai tâché de faire du Shakespeare dans un fossé du Cotentin », écrit-il à son ami Trébutien. « Il y a là-dedans, ajoute-t-il, l'audacieuse tentative d'un fantastique nouveau, sinistre et crânement surnaturel. »
Proust l'a bien compris, lorsqu'il compare la magie de la « sonate de Vinteuil » à certains éléments qu'il trouve chez Barbey d'Aurevilly, « une même sensation d'anxiété dans un passage, que ce soit la femme cherchant son mari dans une Vieille Maîtresse, ou le mari, dans L'Ensorcelée, parcourant la lande ».
La personnalité de Barbey d'Aurevilly est un tissu de paradoxes. « Débordant psychologie et psychanalyse, écrit Wanda Bannour, Barbey nous révèle sa vraie dimension : celle d'un métaphysicien que n'effraient ni l'occultisme ni la gnose, poète qui a su créer des êtres à la mesure de son imaginaire puissant et étonnamment fertile. »
Au-delà de son maître-livre, Les Diaboliques, l'oeuvre de Barbey d'Aurevilly est immense : romans, essais, textes polémiques, correspondances, mais surtout, la somme imposante de ses textes critiques. -
L'oeuvre poétique Tome 2 : Tout le soleil durant
Dylan Thomas
- Éditions Arfuyen
- Neige
- 6 Février 2025
- 9782845903838
Né à Swansea sur la côte du pays de Galles, mort à 39 ans à New York, Dylan Thomas (1914-1953) est un de ces poètes météores dont l'oeuvre intense et déroutante ne cesse de nous interroger. Les Éditions Arfuyen ont décidé de publier en deux gros volumes bilingues l'intégrale de cette oeuvre réputée intraduisible. Le premier volume de L'oeuvre poétique de Dylan Thomas (1914-1953) a paru aux Éditions Arfuyen en février 2024. Avec ce second volume le lecteur français a maintenant accès à l'intégralité de cette oeuvre, l'une des plus importantes et déroutantes de la poésie du xxe siècle.
Le traducteur, Hoa Hôï Vuong, a traduit et présenté en 2015 pour Arfuyen L'oeuvre poétique bilingue du grand poète américain Hart Crane (1899-1932) dans une traduction virtuose qui avait été largement saluée. Sa traduction de Dylan Thomas a été couronnée par le Prix Nelly-Sachs 2025 de la traduction littéraire. Dans la revue Europe, Michel Ménaché salue « le mérite et le sérieux de l'édition exhaustive de L'oeuvre poétique dont ce premier tome annonce une prouesse exemplaire ». Et dans En attendant Nadeau, Alain Roussel souligne que « traduire Dylan Thomas relève de l'exploit linguistique. C'est à cette tâche que s'attelle avec succès Hoa Hôï Vuong .»
Au début de ce second volume, Dylan Thomas a 30 ans. Avec les années, la vie et l'écriture lui sont devenues de plus en plus difficile. Peu lui importe cependant : tout ce qui compte à ses yeux, c'est de tenter de piéger le soleil et déjouer l'orage qui gronde au fond des plus banales journées. Alors que la Seconde Guerre mondiale ravage la planète, il écrit Morts et Entrées, qu'il publie en 1946. Six ans après ce sommet lyrique, Au pays du sommeil clôt l'oeuvre par de larges pans de vers ralentis d'une saveur terrienne. À ces deux recueils majeurs, ce second volume de L'oeuvre poétique adjoint de nombreuses pièces jusqu'à présent inédites en français.
Dans toute la poésie de Dylan Thomas, il n'est question que d'une chose : dire la chair de la pensée, surprendre le monde et l'esprit-corps dans leur mouvement conjoint. Pour le poète gallois, écrire, c'est mourir au milieu de la vie et vivre au milieu de la mort. Pour paiement de son terrible labeur, Dylan Thomas, grand seigneur, ne réclame que son dû : « Langouste pour le thé, champagne chaque nuit, une niche dans les Lettres, et un trou dans la terre à perpétuité. » -
Le Rêve de Dostoievski
Cécile A. Holdban
- Éditions Arfuyen
- Les Cahiers D'Arfuyen
- 5 Juin 2025
- 9782845903920
« Un être qui s'habitue à tout, voilà, la meilleure définition qu'on puisse donner de l'homme. » Cette phrase de Dostoïevski dans ses Souvenirs de la maison des morts sert d'épigraphe au livre de Cécile A. Holdban. Dans un lumineux texte liminaire, l'autrice évoque « ces hommes et de ces femmes que l'on qualifiait souvent de fous ou de sorcières, et que la tradition yiddish dépeint sous les traits du shlemiel » : « repoussés à la lisière des communautés humaines » mais « proches de la nature par une forme d'attention et de sensibilité décuplées ». Ce « rêve de Dostoïevski » qui donne son titre au livre, c'est « le désir insensé d'approcher la singularité de l'expérience humaine dans un monde disloqué. De faire alliance avec la vie, envers et contre tout ». Fait des présences de cette foule de rêveurs et de déclassés, le livre se présente comme « un choeur de solitaires cherchant à exorciser le constat de "l'homme du sous-sol" de Dostoïevski : "Eux, ils sont tous, et moi, je suis seul." Pas de révélations, pas de grands mots d'ordre : leurs paroles ne sont que d'humbles témoignages sur la nature et sur la vie. Là est leur force paradoxale : « Trois baies / une brindille / l'inventaire pourrait cesser là / s'il n'y avait ce petit or / que chacun espère secrètement forger / dans la banalité du jour. » Mais ce sentiment très simple, très fort qui constitue leur vie suffit à remettre en cause les fausses valeurs de toute une société : « La rose en moi éclate. / C'est alors, seulement, que je sais / cette chose en moi / était une rose, et elle a éclaté. »
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Un été en montagne
Elizabeth Von Arnim, Paul Decottignies
- Éditions Arfuyen
- Le Rouge & Le Noir
- 7 Mars 2024
- 9782845903661
Juillet 1919. La narratrice arrive à son chalet de montagne, dans le Valais suisse qu'elle n'a pas revu depuis le 1er août 1914. Fatiguée et déprimée, elle s'effondre dans l'herbe avant même de franchir le seuil. « C'est tellement humiliant d'être à ce point bouleversée. Je me sens aussi ridicule que malheureuse ; comme si quelqu'un avait pris mon visage et l'avait frotté de poussière. » Mais tout de suite, grâce à la magie de l'écri-ture d'Arnim, le paysage est là, dans son immensité. Naguère bruissante de vie et de gaieté, la maison est à présent silencieuse. Seuls avec la narratrice, le couple de gardiens qui voit d'un mauvais oeil qu'on vienne déranger ses habitudes. Ils parlent en français dans le texte, d'où de savoureux dialogues où l'élégante Londonienne se trouve, malgré son permanent humour et sa bonne volonté, souvent en position difficile. Mais cette sorte de tranquillité ne durera pas : une situation des plus étranges s'instaure avec l'arrivée de deux femmes venues de nulle part et marquées par un lourd secret. Kitty, terriblement convenable et polie, et Dolly, sa cadette, toujours souriante et silencieuse. Au premier étonnement, succède l'inquiétude et une brûlante curiosité. Le huis clos devient confrontation et se développe en une enquête quasi policière. L'art d'Elizabeth von Arnim, d'une fascinante finesse psychologique et d'une réjouissante ironie, est de nous entraîner jour après jour à sa suite. Jusqu'à une fin imprévisible et merveilleusement « british ».
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L'oeuvre poétique Tome 1 : Le code de la nuit
Dylan Thomas
- Éditions Arfuyen
- Neige
- 8 Février 2024
- 9782845903623
Né à Swansea sur la côte du pays de Galles, mort à 39 ans à New York, Dylan Thomas (1914-1953) est un de ces poètes météores, comme Keats, Trakl ou Hart Crane, dont l'oeuvre intense et déroutante ne cesse de nous interroger. « Chaque ligne demande à être comprise, écrivait-il lui-même ; on demande au lecteur de comprendre chaque poème en y réfléchissant et en y reportant son émotion. ».
L'oeuvre de Dylan Thomas nous met au défi en tant que lecteurs, auditeurs et compagnons d'humanité : elle nous somme de nous aboucher avec sa verve éclatante, de nous acoquiner avec la poissonnière sur le quai, avec les musicastres et les ferrailleurs, avec les cloches et les sirènes, avec les corbeaux et les mouettes, et tout le reste, « toute la boule d'écume et de vagues du monde ».
Les trois recueils regroupés en ce premier des deux volumes de l'édition bilingue de L'OEuvre poétique font bloc à la fois dans le temps et dans l'écriture. Ils tracent déjà un portrait achevé du jeune poète gallois. C'est en 1934 que paraît son premier recueil, les 18 Poems (18 poèmes) : il a vingt ans. Deux ans plus tard sont publiés se Twenty-five Poems (Vingt-cinq poèmes) et en 1939 The Map of Love (La Mappemonde de l'amour) dont les derniers vers, rédigés pour son 24e anniversaire, sonnent comme une épitaphe : « Tiré à quatre clous, à l'entame de la parade sensuelle, / Des sous rouges plein les veines, / En route vers la ville élémentaire, dans sa direction finale / J'avancerai aussi longtemps que toujours sera. ». -
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Ainsi parlait Tome 37 : Dits et maximes de vie
Stefan Zweig
- Éditions Arfuyen
- Ainsi Parlait
- 12 Janvier 2023
- 9782845903425
Stefan Zweig est l'écrivain étranger le plus lu en France. Les éditions Arfuyen ont fait découvrir en 2021 ses textes poétiques, qu'il plaçait au centre de son oeuvre. Or, de même qu'on oublie trop chez Zweig le poète, on oublie trop chez lui le penseur :
« Mon but, écrit-il à Rolland, serait de devenir non une célébrité littéraire, mais une autorité morale. » Grâce à cet Ainsi parlait, c'est bien ainsi que Zweig nous apparaît au fil de ses nouvelles, essais, pièces et biographies mais aussi de ses journaux et lettres. Un homme intègre et inquiet, doutant de lui-même mais ne transigeant jamais sur l'essentiel : la lutte contre les nationalismes, le rejet des fanatismes religieux, le combat contre tous les dogmatismes.
Aux côtés de Romain Rolland le combat qu'il mène pendant le Première Guerre mondiale pour la paix et la réconciliation européenne est d'une admirable clairvoyance. Tout aussi prophétique ce qu'il annonce pour les lendemains du conflit : « Je suis convaincu - dur comme fer - qu'après la guerre l'antisémitisme sera le refuge des partisans de la «Grande Autriche». » Hitler, on le sait, était autrichien...
Inlassablement Zweig nous met en garde contre les périls du sectarisme et de la violence : « Tuer un homme, insiste-t-il dans son Castellion (1936), ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. On ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle. » À la fin de sa vie, c'est chez Montaigne, lui aussi, qu'il trouvera un réconfort et un modèle : « Je vois en lui, l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre. »